Petit boîtier de suivi posé sur un carnet ouvert couvert de chiffres au crayon, câble USB enroulé à côté, sur une table en contreplaqué de van, couverture froissée et vitre embuée au petit matin
Vie quotidienne

Suivre son sommeil en van, sans réseau ni abonnement

Trois mois de nuits mesurées dans un Ducato, sans abonnement mensuel et sans barre de réseau : la méthode, le coût sur cinq ans, ce que le capteur ne voit pas.

· Mickaël Berthier · 9 min de lecture

Il est trois heures et je suis réveillé. Deuxième fois cette nuit, ou troisième, je ne sais déjà plus. Une portière a claqué quelque part sur le parking, à moins que ce soit le vent qui pousse sur le flanc du Ducato. Je fixe le plafond, je me rendors, et à sept heures il ne reste rien de tout ça.

C’est ça, le problème. Je pars sur la route depuis 2021, six à huit mois par an, et je suis incapable de dire si mes nuits se sont arrangées depuis le premier hiver ou si je m’y suis simplement fait. Le souvenir qu’on garde d’une nuit est un instrument de mesure épouvantable. On se rappelle les deux mauvaises de la semaine et on oublie les cinq autres. D’où l’idée de suivre mon sommeil pour de bon, avec un objet qui compte à ma place.

Ce que je voulais obtenir, et ce que je refusais de payer

Ce que je cherchais tenait en deux chiffres : une durée de sommeil et un nombre de réveils par nuit, sur trois mois, consultables dans un van garé là où le téléphone affiche une barre, sans prélèvement mensuel. Rien sur les phases, rien sur un score de forme du matin. La durée et les réveils.

Le prélèvement mensuel, parlons-en. Oura facture son abonnement 5,99 € par mois ou 69,99 € par an dans l’Union européenne, premier mois offert à l’achat de la bague. Sans abonnement actif, l’application ne montre plus que trois scores quotidiens, le niveau de batterie de la bague et les réglages : l’analyse détaillée du sommeil passe derrière le paiement. Sur cinq ans, cela fait 359,40 € au tarif mensuel, 349,95 € au tarif annuel, en plus du prix de l’objet.

Mode de facturationSur 1 anSur 3 ansSur 5 ans
Sans abonnement0 €0 €0 €
Abonnement à 5,99 €/mois71,88 €215,64 €359,40 €
Abonnement à 69,99 €/an69,99 €209,97 €349,95 €

Le prix de l’objet s’ajoute aux trois lignes, et le premier mois offert retire 5,99 € à la deuxième.

J’ai posé ce calcul comme je pose ceux du 12 V, sur un carnet, un soir de février. Trois cent cinquante euros pour lire mes propres nuits, c’est le prix de deux panneaux de 200 W posés sur le toit. La somme, je peux la sortir. C’est la mécanique qui m’agace : l’appareil mesure chez moi, et il faut payer un tiers tous les mois pour avoir le droit de regarder ce qu’il a mesuré.

Avant d’acheter quoi que ce soit, j’ai donc cherché dans l’autre sens, en partant de la facture. Le tri par le mode de facturation était déjà fait dans un comparatif consacré à une bague connectée qui marche sans abonnement, ce qui m’a épargné de reprendre les conditions de vente modèle par modèle. Restaient les deux points qui me concernaient vraiment : la mémoire et la recharge.

Vérifier ce que l’objet garde quand il n’y a pas de réseau

Les fiches produit annoncent une autonomie. Elles ne disent presque jamais combien de nuits l’appareil conserve en mémoire tant qu’il n’a pas croisé un téléphone. C’est pourtant la seule question qui compte quand on dort trois jours de suite au bout d’une piste.

Trois vérifications, dans cet ordre, avant de sortir la carte bancaire.

La notice d’abord, pas la page de vente : le nombre de jours de données conservées dans l’appareil y figure quand le constructeur le publie. La synchronisation ensuite, qui passe par Bluetooth, donc en local, mais dont l’affichage des courbes se fait parfois côté serveur, et là il faut du réseau. L’export enfin, parce qu’un fichier qu’on peut sortir est un fichier qu’on garde le jour où on change de marque. Oura, pour rester sur le même exemple, laisse télécharger ses données personnelles même sans abonnement en cours.

Le test se fait chez soi, la première semaine, et il coûte trois nuits. Téléphone en mode avion à l’heure du coucher, appareil au doigt ou au poignet, aucune synchronisation pendant trois jours. Le quatrième matin, on rouvre le réseau. Les trois nuits doivent remonter d’un coup, avec leurs dates. Si une seule apparaît, la mémoire ne tient pas la distance, et l’objet ne servira à rien là où vous comptez l’emporter.

J’ai fait ce test sur un parking d’aire de covoiturage, un mardi de mars, et je le referais avant tout achat de ce genre. Trois nuits perdues d’avance valent mieux qu’un trou de trois semaines dans les données au retour d’un séjour en montagne.

Ce que la recharge coûte vraiment à la batterie

L’objection qu’on m’a faite deux fois cet été, c’est que ça consomme. Prenons le majorant. Une prise USB de tableau de bord délivre 5 V sous 1 A, soit 5 W. Deux heures de charge donnent 10 Wh, et 10 Wh prélevés sur une batterie 12 V font moins de 0,9 Ah, pertes du régulateur non comprises. À côté, une glacière à compresseur comme la Dometic CFX 50W est déclarée à 66 kWh de consommation annuelle, soit environ 180 Wh par jour : dix-huit fois la charge de l’objet, tous les jours de l’année.

Autrement dit, cette ligne ne décide de rien. Elle n’apparaît même pas dans le bilan de consommation qu’on pose avant d’acheter sa batterie, parce qu’elle se perd dans l’arrondi des postes qui comptent vraiment. Ce qui pèse, dans cette affaire, c’est le téléphone qu’on rallume tous les matins pour synchroniser, et le téléphone est déjà le poste le plus vorace quand on travaille depuis la route.

Sept dispositifs évalués, deux appuyés sur une validation scientifique

Là, je sors de mon domaine, et je me contente de rapporter ce que disent ceux dont c’est le métier.

L’Institut national du sommeil et de la vigilance rappelle que les capteurs grand public, sous-matelas, montre, bague ou bandeau, estiment le sommeil à partir de l’absence de mouvement, de la baisse de la fréquence cardiaque et parfois de la saturation en oxygène. L’architecture réelle du sommeil se mesure en laboratoire, par polysomnographie, qui enregistre les paramètres respiratoires, cardiaques, moteurs et comportementaux en même temps.

Et puis il y a l’étude que je n’ai vue citée nulle part dans les pages françaises consacrées à ces objets. La Fondation MAIF a financé un travail conduit par le laboratoire Adaptations Travail Individu de l’université Paris Descartes et la société Ergo-Centre, publié en février 2019. Sept dispositifs évalués. Deux seulement s’appuient sur des études de validation scientifique. La durée moyenne d’endormissement des testeurs a augmenté de 10 % pendant la période de test, ce que les chercheurs attribuent à l’orthosomnie, l’anxiété née de la poursuite d’un sommeil idéal. Chez les utilisateurs installés depuis plusieurs mois, 22 % déclarent mieux dormir et 42 % déclarent l’inverse. La note moyenne de facilité d’usage des sept produits ressort à 64 sur 100.

J’ai lu ça après trois semaines de port, au moment précis où je regardais mon écran chaque matin avant même d’avoir posé les pieds par terre. J’ai changé de règle le jour même : plus rien le matin, un coup d’œil le dimanche sur la semaine entière. Une nuit isolée ne dit rien. Sept nuits mises côte à côte disent quelque chose.

Ce que trois mois de nuits ont fini par montrer

Le chiffre brut ne m’a rien appris. La moyenne de sommeil des adultes français est de 6 h 42 par 24 heures en semaine et 7 h 26 les jours de repos, selon le baromètre 2017 de Santé publique France publié en 2019, et j’étais dedans, ce qui ne mène nulle part.

Ce sont les écarts entre les nuits qui parlent. Les miennes se ressemblent quand je suis garé au même endroit trois jours de suite, et elles se dégradent la nuit qui suit un déplacement tardif. Elles se dégradent aussi en bord de route, ce qui n’étonnera personne : l’Organisation mondiale de la santé vise 40 dB en moyenne annuelle de bruit nocturne extérieur, avec une valeur intermédiaire de 55 dB pour les pays qui n’y arrivent pas, et l’effet du bruit sur le sommeil devient indétectable en dessous de 30 dB. Une tôle de fourgon ne fait pas un mur de maison.

Puis la température. L’ADEME recommande une pièce entre 18 et 22 °C avec un taux d’humidité de 40 à 60 %, et je sais depuis le premier hiver passé dans le van que je suis souvent au-dessus en juillet et en dessous en février. La ventilation de sécurité imposée par la NF EN 721, deux aérations permanentes non obturables, brasse de l’air toute la nuit sans qu’on ait rien à faire. Elle refroidit aussi, et c’est la contrepartie qu’on paie de novembre à mars.

Rien de tout cela ne sort de l’appareil. Il a servi à une chose, et elle valait les trois mois : transformer une impression en série de nuits comparables. La courbe ne m’a pas fait mieux dormir. Elle m’a montré que mes mauvaises nuits tombaient les soirs où je me garais trop tard et trop près du bitume, et choisir sa place avant la tombée du jour a réglé la moitié du problème.

Sources

  • Oura, L'abonnement Oura, centre d'aide du constructeur : 5,99 €/mois ou 69,99 €/an dans l'Union européenne, un mois offert aux nouveaux membres ; sans abonnement actif, l'application n'affiche que les trois scores quotidiens, le niveau de batterie de la bague, les informations de profil et les réglages ; téléchargement des données personnelles possible depuis l'espace abonnement même sans abonnement en cours (consulté le 08/09/2026)
  • Fondation MAIF, Les objets connectés liés au sommeil sont-ils vraiment utiles ?, recherche financée et conduite par le laboratoire Adaptations Travail Individu de l'université Paris Descartes et la société Ergo-Centre, publiée le 24/02/2019, mise à jour le 01/09/2023 : sept dispositifs évalués, deux appuyés sur des études de validation scientifique, durée moyenne d'endormissement en hausse de 10 % pendant le test, 22 % contre 42 % chez les utilisateurs installés, note moyenne d'utilisabilité de 64 sur 100 (consulté le 08/09/2026)
  • Institut national du sommeil et de la vigilance, Les capteurs de sommeil : formes des capteurs grand public, indicateurs utilisés (absence de mouvement, fréquence cardiaque, saturation en oxygène), et polysomnographie comme examen de référence enregistrant les paramètres respiratoires, cardiaques, moteurs et comportementaux (consulté le 08/09/2026)
  • Santé publique France, Le temps de sommeil en France, Bulletin épidémiologique hebdomadaire n° 8-9 du 12 mars 2019, d'après le Baromètre santé 2017 (12 637 personnes de 18 à 75 ans) : 6 h 42 par 24 heures en semaine, 7 h 26 les jours de repos (consulté le 08/09/2026)
  • Organisation mondiale de la santé, bureau régional de l'Europe, Night Noise Guidelines for Europe, 2009 : valeur cible de 40 dB Lnight en moyenne annuelle, cible intermédiaire de 55 dB, aucun effet du bruit sur le sommeil observé en dessous de 30 dB Lnight (consulté le 08/09/2026)
  • ADEME, page Respirer un air sain chez soi : humidité intérieure de 40 à 60 %, température de 18 à 22 °C, aération de 5 à 10 minutes matin et soir (consulté le 31/07/2026)
  • Dometic, notice des glacières à compresseur CFX28 à CFX65DZ, réf. 4445101832, © 2020, chapitre 12 : CFX 50W, consommation annuelle déclarée 66 kWh
  • NF EN 721, ventilation de sécurité des véhicules habitables de loisirs : deux aérations permanentes non obturables, édition de décembre 2004 visée par la réglementation française

Questions fréquentes

Faut-il payer un abonnement pour lire ses données de sommeil ?

Cela dépend de la marque, et c'est le premier point à vérifier avant l'achat. Oura facture 5,99 € par mois ou 69,99 € par an dans l'Union européenne, avec un mois offert aux nouveaux membres ; sans abonnement actif, l'application n'affiche plus que les trois scores quotidiens, le niveau de batterie de la bague, les informations de profil et les réglages, l'analyse détaillée du sommeil restant derrière le paiement. Sur cinq ans, le tarif mensuel représente 359,40 € et le tarif annuel 349,95 €, en plus du prix de l'objet. D'autres constructeurs donnent accès aux mêmes écrans sans rien prélever.

Un objet de suivi du sommeil fonctionne-t-il sans réseau mobile ?

La liaison entre l'objet et le téléphone se fait par Bluetooth, donc en local, sans opérateur. Ce qui demande du réseau, c'est l'affichage des courbes quand il est calculé côté serveur, et la synchronisation vers le compte en ligne. Deux choses se vérifient donc avant l'achat : combien de nuits l'appareil conserve en mémoire tant qu'il n'a pas croisé un téléphone, et si l'application montre les nuits déjà rapatriées quand le téléphone est hors ligne.

Comment savoir si la mémoire de l'appareil tient sans synchronisation ?

Le test coûte trois nuits et se fait chez soi la première semaine. Téléphone en mode avion au coucher, appareil porté, aucune synchronisation pendant trois jours. Le quatrième matin, on rouvre le réseau : les trois nuits doivent remonter d'un coup, avec leurs dates. Si une seule apparaît, l'appareil ne suivra pas en itinérance.

Combien un objet de ce genre consomme-t-il sur une batterie 12 V ?

Le majorant se calcule sans mesure. Une prise USB de tableau de bord délivre 5 V sous 1 A, soit 5 W ; deux heures de charge font 10 Wh, et 10 Wh prélevés sur une batterie 12 V représentent moins de 0,9 Ah, pertes du régulateur non comprises. Une glacière à compresseur Dometic CFX 50W est déclarée à 66 kWh par an, soit environ 180 Wh par jour, dix-huit fois plus. Cette ligne ne change pas un dimensionnement de batterie.

Ces appareils mesurent-ils vraiment les phases de sommeil ?

Ils les estiment. L'Institut national du sommeil et de la vigilance rappelle que les capteurs grand public déduisent le sommeil de l'absence de mouvement, de la baisse de la fréquence cardiaque et parfois de la saturation en oxygène, alors que l'architecture réelle du sommeil se mesure par polysomnographie, en laboratoire. Sur sept dispositifs évalués par la Fondation MAIF en février 2019, deux seulement s'appuyaient sur des études de validation scientifique.

Le suivi du sommeil peut-il dégrader le sommeil ?

C'est un effet documenté. Dans l'étude publiée par la Fondation MAIF en février 2019, la durée moyenne d'endormissement des testeurs a augmenté de 10 % pendant la période de test, ce que les chercheurs rattachent à l'orthosomnie, l'anxiété née de la poursuite d'un sommeil idéal. Chez les utilisateurs installés depuis plusieurs mois, 22 % déclarent mieux dormir et 42 % déclarent l'inverse. Regarder la semaine entière une fois par semaine, plutôt que la nuit passée chaque matin, limite le problème.

sommeil quotidien nuit objets-connectes budget
Photo de Mickaël Berthier
Mickaël Berthier Ardèche, et sur la route

Je vis en van aménagé une bonne partie de l'année depuis 2021. Ancien électricien du bâtiment, j'ai aménagé mon fourgon moi-même et je documente ici ce qui marche, ce qui casse et ce que ça coûte vraiment.

NEWSLETTER

Un carnet par semaine

Retours de terrain · Pas de spam · Désinscription en 1 clic

Pas de spam · Désinscription en 1 clic